Du 15 au 17 septembre 2026, la Messe Dortmund réunit le CB Expo, InterTabac, InterSupply et NUBIZ. Deux nouveautés à retenir avant de réserver : le salon a quitté le format jeudi-samedi pour un format mardi-jeudi, et il se tient trois semaines avant la reprise des discussions européennes sur la fiscalité du tabac et de la nicotine — un dossier qui concerne désormais directement le chanvre.
En bref
Conférence CB Expo : mercredi 12h-18h, jeudi 11h-16h
130 € pour la CB Reception du 16 septembre
Infos et billetterie : cb-expo.com — intertabac.de — nubiz.world
Le détail que personne ne doit rater : le salon passe en semaine
C'est le changement le plus concret de cette édition, et il ne concerne pas les produits.
Jusqu'en 2025, InterTabac et InterSupply se tenaient du jeudi au samedi — l'édition précédente s'est déroulée du 18 au 20 septembre. En 2026, l'ensemble bascule sur un format mardi-jeudi, à la suite de plusieurs enquêtes menées auprès des exposants et des visiteurs.
L'organisateur avance deux raisons : mieux convenir au commerce de détail, dont les équipes se libèrent difficilement le samedi, et faciliter les conditions de voyage sur trois jours ouvrés.
Pour un gérant de boutique française ou un commercial qui avait pris l'habitude de poser un week-end, la conséquence est immédiate : billets de train, vols et planning de la boutique se calent désormais sur un début de semaine. C'est le premier réflexe à avoir, avant toute autre considération.
Quatre salons, un même bassin d'acheteurs
Dortmund ne fonctionne plus comme un salon unique mais comme un ensemble de manifestations parallèles, ce qui explique à la fois les volumes annoncés et l'intérêt du déplacement pour une marque chanvre.
InterTabac reste le pôle historique : cigares, cigarettes, tabac à pipe et fine coupe, RYO/MYO, pipes à eau et accessoires, répartis sur une dizaine de halls. InterSupply couvre l'amont — machines, matières premières, technologies de production. NUBIZ rassemble les produits sans fumée de nouvelle génération, et son périmètre inclut explicitement le CBD et le chanvre aux côtés de la cigarette électronique, du tabac chauffé et des sachets de nicotine. Le CB Expo apporte enfin la verticale cannabis et chanvre, avec sa propre programmation de conférences.
Cette architecture explique les chiffres cumulés de 2025 : plus de 800 exposants venus d'environ 70 pays et 14 500 visiteurs professionnels d'environ 80 pays. Précision utile : ce sont les chiffres de l'ensemble dortmundois, pas ceux du seul CB Expo. L'organisateur revendique par ailleurs près de 90 % d'intention de retour, côté exposants comme côté visiteurs.
L'intérêt pour une marque CBD tient précisément à cette imbrication. Un fabricant d'huile de chanvre et un fabricant de sachets de nicotine ne vendent pas la même chose, mais ils démarchent souvent les mêmes acheteurs : grossistes, distributeurs, importateurs, réseaux de retail spécialisé et, de plus en plus, buralistes. C'est ce qui distingue Dortmund des salons exclusivement cannabis.
Pourquoi septembre 2026 tombe à un moment charnière
Si cette édition mérite plus d'attention que les précédentes, c'est d'abord à cause du calendrier européen.
Le 16 juillet 2025, la Commission européenne a présenté une révision de la directive sur les accises applicables au tabac — un texte attendu depuis plus de dix ans. Sa principale nouveauté est d'élargir le champ de la fiscalité harmonisée à des catégories jusque-là traitées de façon disparate : e-liquides avec ou sans nicotine, tabac chauffé, sachets de nicotine et tabac oral.
Les seuils minimaux proposés donnent l'ordre de grandeur : environ 0,30 € par millilitre pour les e-liquides, 140 € par kilogramme pour le tabac chauffé, 45 € pour 1 000 sachets de nicotine, 215 € pour 1 000 cigarettes et une montée progressive jusqu'à 143 € par kilogramme pour le tabac à rouler. L'entrée en vigueur est visée au 1er janvier 2028, avec une période transitoire de quatre ans pour certains produits.
Sauf que le dossier patine. Fondé sur l'article 113 du traité, il exige l'unanimité des États membres. Il a été retiré de l'ordre du jour du Conseil Ecofin du 12 juin 2026 faute de consensus, et le Parlement européen a rejeté la proposition le 17 juin. Les discussions doivent reprendre le 9 octobre 2026 — soit trois semaines après la fermeture des portes à Dortmund.
En parallèle, la révision de la directive sur les produits du tabac elle-même est en gestation : la Commission a publié son évaluation le 2 avril 2026, les consultations publiques ont recueilli plus de 82 000 réponses, et une première proposition est attendue au quatrième trimestre 2026.
Autrement dit, les professionnels réunis à Dortmund travailleront sur des hypothèses qui seront tranchées dans les semaines suivantes. C'est rarement le cas d'un salon, et cela change la nature des conversations qu'on y aura.
Ce que dit déjà le programme 2026
Les premiers noms de la conférence InterTabac confirment cette dominante réglementaire.
L'ouverture du 15 septembre revient à Pablo Cano Trilla (Tamarind Intelligence), sur les cadres réglementaires applicables aussi bien au tabac traditionnel qu'aux nouveaux produits nicotinés. Le même jour, Paul Varakas (European Cigar Manufacturers Association) et Joshua Habursky (Premium Cigar Association) traitent de la pression réglementaire sur le segment du cigare.
Le 16 septembre, Dan Cotter (Cigar Association of America) présente une lecture chiffrée du marché américain, et Raphael Moreau (Euromonitor) une analyse des tendances de consommation. Le 17, le Global Institute for Novel Nicotine anime deux sessions sur l'accès au marché et les stratégies de preuve scientifique face aux régulateurs — un sujet qui parlera à quiconque a déjà eu à défendre un certificat d'analyse devant une administration.
Côté CB Expo, la conférence occupe le mercredi après-midi et le jeudi matin. L'édition 2025 avait réuni une cinquantaine d'intervenants sur deux scènes, autour de la réglementation, du cannabis médical, de la culture et des perspectives européennes.
CBD : trois pays, trois mécaniques, une même question
Pendant que Bruxelles discute d'accises, les États membres avancent chacun de leur côté — et tous, à leur façon, rapprochent le chanvre du droit du tabac.
En France, l'article 23 du projet de loi de finances 2026 menaçait la filière d'une accise dépassant 50 %, d'une hausse de TVA et d'une interdiction de la vente en ligne, avec un basculement de fait vers le réseau des buralistes. Les organisations professionnelles chiffraient l'enjeu à environ 2 000 boutiques, 1,1 milliard d'euros de chiffre d'affaires, 25 000 hectares cultivés et 20 000 à 25 000 emplois. Nous avions détaillé le dispositif dans CBD et loi de finances 2026 : que prévoit vraiment le gouvernement ?. Le texte a finalement été écarté — non par un vote de l'Assemblée nationale, mais par le recours du gouvernement au 49.3, qui a permis de ne pas retenir la disposition. Nous étions revenus sur cet épisode dans Le secteur français du CBD évite de justesse une taxation qui aurait tout détruit. La filière considère ce répit comme temporaire.
En Autriche, la logique va jusqu'au bout : les fleurs de chanvre fumables doivent basculer sous le monopole du tabac à l'issue d'une période transitoire, à l'horizon fin 2028. Le dossier n'est pas clos pour autant. En mai 2026, la Cour fédérale des finances a annulé une saisie douanière en jugeant que la jurisprudence invoquée ne justifiait pas une lecture aussi extensive du monopole, et l'association autrichienne du cannabis envisage un recours constitutionnel. Nous avons consacré un article à ce monopole du tabac sur les fleurs CBD autrichiennes.
En Italie, le conflit prend la forme de saisies et d'une bataille sur la charge de la preuve, avec un article 18 contesté devant la Cour constitutionnelle et devant la Cour de justice de l'Union européenne : voir notre suivi de la bataille juridique du secteur du chanvre italien.
Trois mécaniques différentes, une seule question de fond : le chanvre relève-t-il d'un régime propre, ou du droit du tabac ? Nos comparaisons pays par pays sont réunies dans notre dossier sur la légalité et la réglementation du CBD en Europe.
Les buralistes : canal de distribution ou concurrent ?
C'est la question qui fâche, et elle n'est pas franco-française.
Le réseau des buralistes dispose d'un atout que peu de filières peuvent égaler : un maillage physique dense, une clientèle quotidienne et une habitude ancienne de la vente réglementée. Depuis 2019, un programme de transformation accompagne sa diversification — environ 6 000 points de vente déjà transformés, avec une aide pouvant atteindre 33 000 euros par établissement. Vape, accessoires, jeux, services de proximité : le non-tabac est devenu un relais de croissance assumé.
Pour une marque CBD, ce réseau représente donc un canal de distribution potentiellement massif, avec un accès à une clientèle que les boutiques spécialisées ne touchent pas.
Pour ces mêmes boutiques spécialisées, c'est évidemment une menace. Le débat français de l'automne 2025 portait exactement là-dessus : une fiscalité calquée sur le tabac aurait mécaniquement avantagé le réseau agréé au détriment de commerces indépendants souvent tenus par une ou deux personnes. Et l'Autriche montre la version radicale du scénario, où le basculement n'est plus fiscal mais juridique.
Dortmund est l'un des rares endroits en Europe où ces deux mondes se croisent dans la même allée plutôt que dans un communiqué de presse. Pour une marque, c'est le lieu naturel pour tester l'hypothèse buraliste — et pour une boutique, pour mesurer à quoi ressemble la concurrence qui vient.
Côté consommateur : l'argument « CBD » ne suffit plus
L'évolution du marché ne se joue pas uniquement dans les textes.
Dans le chanvre, le comportement d'achat s'est nettement professionnalisé. Le consommateur compare les concentrations, l'origine, le mode d'extraction, et demande de plus en plus le certificat d'analyse — un document qu'il sait désormais lire, au moins partiellement. Nous détaillons ce qu'il faut y vérifier dans notre guide sur comment lire une analyse de laboratoire de CBD. Pour une marque, cela déplace l'avantage compétitif : la traçabilité et la constance d'un lot à l'autre pèsent désormais autant que le prix au gramme.
Du côté de la nicotine, le mouvement est différent mais convergent : l'offre s'est fragmentée entre cigarette traditionnelle, vape, tabac chauffé et sachets, et le consommateur arbitre entre des catégories dont les régimes fiscaux — précisément celles que la révision européenne veut harmoniser — divergent fortement d'un pays à l'autre.
Dans les deux univers, la même compétence devient centrale : savoir documenter ce qu'on vend.
L'Allemagne, terrain d'observation grandeur nature
Accueillir ce rendez-vous en Allemagne n'est pas neutre. Deux ans après l'entrée en vigueur de la loi sur le cannabis en avril 2024, le pays produit des données plutôt que des projections.
Le deuxième rapport d'évaluation, publié le 1er avril 2026, dresse un tableau contrasté. L'approvisionnement légal reste très en deçà de la demande estimée. La culture personnelle a fortement progressé au second semestre 2025, tandis que les associations de culture — plus de 400 autorisées — pèsent une part marginale de l'approvisionnement réel. Les indicateurs de consommation, notamment chez les jeunes, apparaissent stables ou en léger recul. L'évaluation complète doit se poursuivre jusqu'en 2028.
Pour un opérateur CBD, l'intérêt n'est pas le cannabis récréatif en tant que tel : les régimes restent juridiquement distincts. Il est dans le précédent. L'Allemagne est le premier grand marché européen à documenter publiquement les effets d'un cadre libéralisé, et ces chiffres alimentent déjà les argumentaires français, italien et autrichien.
Ce qui se joue vraiment d'ici 2028
Trois échéances convergent, et elles dessinent le paysage dans lequel la filière opérera à moyen terme.
2028 revient partout : entrée en vigueur visée de la fiscalité européenne harmonisée si le texte passe, bascule des fleurs autrichiennes sous monopole du tabac en fin d'année, terme de l'évaluation allemande. Trois horloges différentes, réglées sur la même année.
D'ici là, l'incertitude a un coût. Elle complique les investissements industriels, les recrutements et les lancements de gamme — c'est vrai pour le chanvre italien sous le coup de l'article 18 comme pour un fabricant de sachets de nicotine qui ignore le taux d'accise applicable dans trente mois.
Et elle favorise mécaniquement les structures capables d'absorber de la conformité : analyses systématiques, documentation de lot, veille multi-pays, capacité à contester une saisie. C'est la vraie ligne de fracture qui se dessine, davantage qu'entre gros et petits acteurs.
Ce qu'il faut aller y chercher, concrètement
Pour une marque ou une boutique française, trois usages du déplacement valent le billet.
Sourcer autrement. La densité de grossistes, d'importateurs et de fabricants de packaging présents pour le tabac et la vape ouvre des options logistiques que les salons cannabis seuls n'offrent pas.
Préparer l'hypothèse buraliste. Que l'on s'en réjouisse ou qu'on la redoute, la convergence avec le réseau tabac avance en Europe. Autant en discuter avec les intéressés.
Faire son marché réglementaire. Entre la conférence InterTabac centrée sur la fiscalité et l'accès au marché, et celle du CB Expo centrée sur le chanvre, il est possible de couvrir en deux après-midi ce qu'une veille solitaire met des mois à reconstituer — et cette année, à trois semaines d'une échéance qui compte.
Un conseil pratique : la CB Reception du 16 septembre, facturée séparément, est l'un des rares formats où les rencontres se font hors stand. Pour qui vient chercher des contacts plutôt que des produits, c'est souvent le meilleur rapport temps-résultat du séjour.
Rendez-vous du mardi 15 au jeudi 17 septembre 2026 à la Messe Dortmund.
Article publié le [19/08/2026]
les informations pratiques (tarifs, horaires, programme) et l'état des dossiers réglementaires européens sont susceptibles d'évoluer ; vérifiez-les sur cb-expo.com.












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